La guerre en chansons de Thierry Kübler et Stéphanie Molez

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« La guerre en chansons »

 

Documentaire de Thierry Kübler et Stéphanie Molez

Le film nous entraîne dans une autre guerre, bien moins connue, celle de la chanson patriotique. Il ne faut pas perdre de vue que ces chants ont rythmé les quatre longues années de ce conflit meurtrier. Depuis 1871, l’ennemi de la France porte un casque à pointe. La revanche est dans tous les esprits. Quand éclate le conflit en août 1914, les hommes partent la fleur au fusil et la bouche en cœur. La victoire n’est, pensent-ils,  qu’une question de semaines, une formalité que nos poilus vont régler manu militari. Les chansonniers eux, aiguisent leur plume.

 

Il faut attiser la haine, marteler les consciences, railler l’ennemi, encenser les troupes et leur armement. Alberti chante Le 75, hommage ahurissant à un célèbre canon français :« Quand il tire il ne rate jamais son coup. » D’autres, tel Théodore Botrel, glorifient dans une intonation guillerette la puissance de feu de la mitrailleuse française.

 

Mais le conflit va rapidement s’enliser. La guerre de position refroidit les rêves de victoire éclair, mais on y croit toujours. Les autorités contrôlent tout ce qui se chante, tout ce qui se lit. Dociles, les paroliers acceptent la censure. Les chansons taisent la mort, les cadavres, la maladie, les amputations. Mais après plus de deux années de guerre plus personne ne peut nier le martyre des soldats. En chanson toujours, on glorifie l’héroïsme des hommes de Verdun. Le Prussien est dépeint comme un charognard, un monstre sanguinaire. Dans Corbeaux d’Allemagne, Nine Pinson chante la sauvagerie du Boche : « Les corbeaux ont des goûts infâmes, de chapelets d’oreilles de femmes, de mains d’enfants ».

 

Mais la guerre n’en finit pas. Les couplets non autorisés d’auteurs souvent anonymes commencent à circuler sous le manteau. On se moque des planqués de l’arrière, « des nouveaux riches qui dînent chez Fayard ». La contestation s’installe. La chanson de Craonne, texte anti militariste, est reprise en chœur par des soldats au bout du rouleau. Le haut commandement promettra même une récompense à qui divulguera le nom de son auteur. Elle sera interdite de diffusion publique en France jusqu'en 1974.

 

L’arrivée de soldats américains à partir de 1917 va redonner un nouvel espoir. Les couplets optimistes de 1914 reprennent des couleurs. Cette fois-ci c’est sur « Ça va barder pour les boches. »En juillet et août 1918, les Allemands sont effectivement repoussés. Jusqu’en novembre et à l’armistice signé en forêt de Compiègne, les territoires cédés sont reconquis. La victoire, et le déconfiture allemande, se fêtent, bien sûr en chansons : « Quatre ans d’enfer, le Boche est à terre, ils nous ont rendu l’Alsace et la Lorraine. »