Ferme tes jolis yeux

Ferme tes jolis yeux

Chanson créée par Junka à l’Eldorado sur des paroles de Virgile Thomas & René de Buxeuil et la musique de René de Buxeuil en 1913.

 

 

Dans son petit lit blanc et rose

Suzette jase en souriant

Elle babille mille choses

À sa douce et chère maman

Mais chut ! il faut dormir bien vite

Nous avons assez bavardé

Faites dodo chère petite

Car petit père va gronder

Et tout en berçant la gamine

La mère lui chante, câline...

 

Refrain

Ferme tes jolis yeux

Car les heures sont brèves

Au pays merveilleux

Au beau pays du rêve

Ferme tes jolis yeux

Car tout n'est que mensonge

Le bonheur est un songe

Ferme tes jolis yeux.

 

- 2 -

Dans sa chambre de jeune fille

Suzette devant son miroir

À l'heure où l'étoile scintille

Vient se contempler chaque soir

Elle admire sa gorge ronde

Son corps souple comme un roseau

Et dans sa tête vagabonde

Naissent mille désirs nouveaux

Laisse-là tes folles idées

Gentille petite poupée.

Refrain

Ferme tes jolis yeux

Car les heures sont brèves

Au pays merveilleux

Au beau pays du rêve

Ferme tes jolis yeux

Car tout n'est que mensonge

Le bonheur est un songe

Ferme tes jolis yeux.

 

- 3 -

Enfin c'est le bonheur suprême,

L'instant cher et tant désiré,

Avec le fiancé qu'elle aime

Suzon vient de se marier

Et le soir dans la chambre close

Quand sonne l'heure du berger

Elle laisse, pudique et rose,

S'effeuiller la fleur d'oranger

Puis elle écoute avec tendresse

Son époux chanter plein d'ivresse

 

Refrain

Ferme tes jolis yeux

Car les heures sont brèves

Au pays merveilleux

Au beau pays du rêve

Ferme tes jolis yeux

Car tout n'est que mensonge

Le bonheur est un songe

Ferme tes jolis yeux.

Cette chanson est une berceuse. Elle nous raconte la vie de Suzette.

Suzette est une petite fille qui refuse de s'endormir dans son « petit lit  blanc et rose », sa mère lui chante une berceuse pour l’emmener aux pays des rêves.

Suzette est a présent une jeune fille qui commence à avoir de nouveau désir, elle entre dans l'adolescente.

Suzette est maintenant une femme accomplie elle vient de se marier elle se laisse à présent au libre jeu de l’amour.

 

Pendant la 1°guerre mondiale, Eugénie Buffet a chanté de très nombreuses fois, avec grande émotion « Ferme tes jolis yeux » aux poilus, pour les réconforter.

 

Chanson interprétée par les élèves

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Cette chanson est lente, répétitive, légère, calme et rêveuse ; C'est une valse

Pour les poilus cette musique évoque des souvenirs de jeunesse, une certaine légèreté, insouciance, nostalgie, le plaisir partagé avec les femmes

Cette valse légère redonnait espoir aux soldats qui pensaient à leur famille, au bonheur d'antan.

 

De nos jours elle reste présente dans le domaine des comptines et chansons pour enfants.

 

Eugénie Buffet

 

Eugénie Buffet naît en novembre 1866 à Tlemcen en Algérie, d’un père soldat et d'une mère couturière. Elle fut d'abord bonne à tout faire et s'essaya au théâtre .Puis se rendit à Marseille, où elle fit ses début en 1886, au Palais de Cristal sous le nom de Juliany. Elle ne tarda pas à avoir un vif succès. Vite son répertoire s'agrandit. Ses principaux auteurs furent Bruant, Richepin, Darcier, Botrel qui n'hésitèrent pas à composer directement pour elle.

Avec« La sénérade du pavé », elle obtint un succès foudroyant dès 1892. Des lors elle se met à chanter dans les rues, pour les pauvres d'abord, puis pour les grévistes, les soldats, les malades et ne cessera de chanter pour eux jusqu'à la fin. Lors de la première guerre mondiale elle rejoignit la Croix Rouge et devint infirmière. Puis, avec son ami le compositeur aveugle René de Buxeuil, elle forma une troupe qui se produisait dans les hôpitaux et sur le front. René de Buxeuil lui offrit deux nouvelles chansons: « Ferme tes jolis yeux » et «  Ma chanson ».

Non sans avoir fait, au cours d'une carrière de et plus de 40 ans, des tournées jusqu'en Amérique aux Antilles, ouvert de nombreux établissements et être revenue, un temps au théâtre, Eugénie Buffet fut un cas tout à fait exceptionnel dans la chanson française. Cette femme était tellement populaire qu’on lui organisa un gala pour payer ses soins lorsqu’elle tomba malade.

Lorsqu’elle mourut en 1934, les gens se souvenaient d’elle comme étant une reine populaire au cœur débordant de sympathie.

Souvenirs...

Son engagement et son rôle envers les soldats: extraits de son livre.

 

Eugénie Buffet : « La cigale nationale »

 

Dans son livre de souvenirs, Eugénie raconte comment elle a gagné son surnom de « Cigale nationale » et ce grade de caporale qui faillit la faire mourir de bonheur.

 

Dès le déclenchement de la guerre, cette vedette du music-hall se met au service de la Croix Rouge, et est bientôt nommée infirmière chef dans un hôpital de fortune à Vernon. C’est là qu’au chevet de ses blessés, elle va avoir une intuition subite, et trouver sa vocation nouvelle, sa mission même : « Un soir que le silence me semblait plus oppressant, l’air plus chargé de malheur, j’eus l’idée de distraire mes poilus en leur chantant une chanson. Je crois bien que personne n’avait pensé à chanter depuis le 2 août 1914 ! Personne ! Et cependant, la chanson n’est elle point ce qui berce le mieux la douleur ? Cette première chanson fredonnée d’une voix que l’émotion faisait à la fois plaintive et sonore, mais si lente et si douce que chacun pouvait se demander si elle ne venait pas de très loin, de là-bas…de chez eux…cette chanson fut pour tous, ces pauvres enfants, quelque chose d’inoubliable. »

L’expérience improvisée se renouvelle chaque soir et s’avère vite si concluante qu’avec le plein accord des autorités militaires, médicales et civiles, Eugénie forme une petite troupe de chanteurs pour se produire ça et là dans toute la zone des armées. Des noms connus viennent bientôt grossir les rangs des premiers artistes. « L’œuvre de la Chanson aux blessés » est née.

« Chaque jour, à tour de rôle, mes camarades dépensaient sans compter leurs forces et leur talent, poursuit Eugénie en oubliant modestement qu’elle tenait le premier rôle, « prodiguant aux malades et aux blessés les poèmes, les récits patriotiques, les chansons à boire, les refrains gais et consolants » et je puis dire que nous vécûmes dans cette atmosphère enfiévrée des minutes profondes, inexprimables, inégalables.

En avril 1915, elle se produisit au Grand Palais, toute de bleu horizon vêtue, devant 800 hommes de toutes les armes. Après une dernière chanson chargée de symboles, La chasse aux loups, les soldats reconnaissants accrochent un galon rouge à la manche de leur Mam’zelle Nini ; ils viennent de la bombarder « Caporale des poilus », le titre sera la fierté de sa vie.

 

«Quand nous arrivions au milieu de ces salles surchauffées sentant la fièvre et la pharmacie, où tant de blessés alignés se morfondaient, geignant, jusqu'au moment ou nous leur apportions nos refrains, nos chansons si impatiemment attendus .Notre succès était si grand que le public tentait obstinément de se mêler à nos auditeurs habituels, aux pauvres poilus pour lesquels nous chantions uniquement. On toléra alors quelques privilégiés, choisi parmi les plus charitables d'entre ceux qui s'intéressaient à notre effort[...]Parmi les plus empressés à nous prêter assistance je dois citer en premier lieu, Mme Waldeck-Rousseau. Elle nous apportait son réconfort, sa bonne humeur à chacune de nos séances elle arrivait les mains pleines de cadeaux et le coeur plein d'amour [...]» Nous chantions n'importe où, n'importe comment, dans l'aigre bise des cantonnements, entre les planches vermoulues, sous des tentes, dans la tempête tragique, dans la boue et dans le sang [...] »Heures splendides, heures admirables ! Nous cachions notre douleur et nos larmes pour ne laisser apparaître que notre seul courage, notre espoir de vaincre et notre volonté de lutter contre la souffrance. La souffrance ! Elle était là étalée sous nos yeux, misérable, glorieuse, immense, elle apparaissait dans ces chairs en lambeaux, dans ces faces livides frappées déjà par la pâleur de la mort. Mais si grande fut notre révolte contre la guerre, si cuisante que fut la frayeur qui nous serrait la poitrine, nous parvenions à chanter. Et non seulement nous chantions? Mais nous réussissions presque à faire chanter ces moribonds! Nous leur avions redonné le goût de vivre. [...]En avril 1915, il m'arriva une belle chose. Les poilus, au Grand Palais décidèrent de me nommer leur caporale. La caporale Nini a versé un pleur. Puis elle s'est mise à chanter beaucoup plus fort, pour qu'on ne s'en aperçoive pas…

 

Lorsque Eugenie Buffet mourut en 1934, Henri de Curzon écrivit:

« Elle était sur les scènes, dans les cabarets, dans les cours et sur la rue, une sorte de reine populaire au coeur débordant de sympathie, de bonté, de simplicité et dévouée ». Au début de la première guerre mondiale, elle rejoint la Croix Rouge et devient infirmière. Puis, avec son ami le compositeur aveugle René de Buxeuil, elle forma une troupe qui se produisait dans les hôpitaux et sur le front. Pour récompenser son engagement patriotique, elle reçut de la part des Croix de Feu le grade de maréchale des logis.

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