Le cri du poilu

Mistinguett et les revues légères

Mistinguett

 

Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett, est née à Enghien-les-Bains le 3 avril 1875 et décédée à Bougival le 5 janvier 1959.

C'est une chanteuse et actrice française.

 

Après avoir pris des cours de théâtre et de chant, elle débute sa carrière en 1885: dans le train qui l'amène à Paris pour ses leçons de violon, elle rencontre Saint-Marcel, responsable de revues au Casino de Paris qui l'engage pour le lever de rideau.

De 1897 à 1907, elle se produit à l'Eldorado en chanteuse comique et découvre petit à petit l'art de tenir la scène. Après avoir appris à pallier son insuffisance vocale par un brin de comédie, une mimique unique et des pas de danse, elle en sort vedette consacrée. Le public commence à l'aimer.

En 1909, Max Dearly la choisit comme partenaire pour créer la valse chaloupée dans une revue du Moulin Rouge. Puis dans la revue « La Revue », c’est  La Valse  renversante avec Maurice Chevalier aux Folies Bergères.

en 1912, qui donnera lieu à une histoire d'amour longue de dix ans. Le couple est surnommé par la presse « les danseurs obsédants ».

Jusqu'en 1914, elle alterne pièces de théâtre, revues et cinéma muet, expériences qui lui seront profitables pour devenir finalement la «Mistinguett» telle qu'on la connaît et telle qu'elle le restera jusqu'à la fin de sa longue carrière.

 

Souvenirs 

« Une innombrable figuration, un bataillon de danseuses commandées par une étoile, des décors d’un goût médiocre mais fastueux, une multitude de petites femmes évoluant sous des feux multicolores…l’atmosphère s’échauffe lorsque Mistinguett, brusquement surgie, promène à travers les rangs de fauteuils la plume ondoyante de son chapeau. Mistinguett est aimée du public parce qu’il la trouve drôle et la croit sensible. Elle a le nez en l’air, la frimousse insoucieuse, le geste chahuteur d’une midinette, et par instants, le regard tragique des travailleuses qui ont souffert. Elle symbolise en sa personne toutes les joies fugitives et les misères du faubourg. De là son charme indéfinissable. (Alphonse Brisson, Le Temps, 13 août 1917)

 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Maurice Chevalier est blessé au front et fait prisonnier en Allemagne. Voulant le faire libérer, elle se porte volontaire pour jouer le rôle d'espionne. Elle offre ses services au général Gamelin et est autorisée à circuler librement en Europe: elle récolte de nombreux renseignements du prince allemand de Hohenlohe alors à Berne ou du roi Victor Emmanuel III en Italie. Elle parvient à faire libérer son amant Maurice Chevalier en 1916 grâce à ses relations avec le roi d'Espagne Alphonse XIII.

 

Mistinguett s’affiche sur scène avec son amant, Maurice Chevalier (libéré d’Allemagne). Juchée sur une table, « la Miss », idole du Tout- Paris, entonne « Le cri du poilu » de Vincent Scotto.

 

Les revues légères

 

En 1886 Edouard Marchand conçoit un nouveau genre de spectacle : la revue de music-hall. Il comprend que la femme est au cœur de ce nouveau concept et va l'imposer aux Folies Bergère. En 1912 a lieu la première apparition sur scène d'une femme totalement dénudée.

Désormais, les revues proposent aux spectateurs une débauche de costumes, de décors, d'effets de mise en scène pour mettre en valeur la troupe qui est composée de girls anglaises à la discipline de fer et de « petites femmes nues ». Ces petites femmes nues doivent être la marque de fabrique des Folies. « Ah, ces femmes nues, dira plus tard, Derval le directeur de revues, si je m'avisais de les supprimer, je n'aurais plus qu'à fermer la boutique... ».

Le cri du poilu

Chanson écrite et composée par Vincent Scotto en 1916.

Cette chanson a remporté un vif succès grâce à leurs nombreuses interprètes féminines comme Nine pinson et Mistinguett

 

V´là plus d´une année

Que dans les tranchées

Nos petits soldats,

Loin de tout l´ monde, sont là-bas

Seuls dans la bataille

Ils bravent la mitraille

Ils n´ pensent plus à rien

Qu´à tirer sur ces sales Prussiens

Mais quand ils sont au repos

Et qu´ils n´ont plus d´ flingot

Couchés sur l´ dos

 

À nos poilus qui sont su´ l´ front

Qu´est-ce qu´il leur faut comme distraction?

Une femme, une femme!

Qu´est-ce qui leur ferait gentiment

Passer un sacré bon moment?

Une femme, une femme!

Au lieu d´ la sale gueule des Allemands

Ils aimeraient bien mieux certainement

Une femme, une femme!

Cré bon sang!

Qu´est-ce qu´y donneraient pas

Pour t´nir un moment dans leurs bras

Une femme, une femme!

 

Quand, en ribambelle,

Ils bouffent la gamelle

C´est vite avalé

En deux temps, ça n´a pas traîné

Penchés sur la paille

Allons-y, ils bâillent

Se faisant, nous le tenons,

Presque tous la même réflexion

Et dans ces moments-là

À quoi pensent-ils tout bas?

Ne cherchez pas!

 

À nos poilus qui sont su´ l´ front

Qu´est-ce qu´il leur faut comme distraction?

Une femme, une femme!

Quand ils ont bouffé leur rata

Qu´est-ce qu´ils demandent comme second plat?

Une femme, une femme!

Sapristi, pour calmer leurs nerfs

S´il leur arrivait comme dessert

Une femme, une femme!

Qu´elle soit grande ou petite, ma foi

Ça fait rien pourvu que ce soit

Une femme, une femme!

Quand, dans la tranchée,

Ils passent la journée

Par les p´tits créneaux

Ils envoient aux Boches des pruneaux

Puis ils se reposent

Pensent à des tas d´ choses

Qui leur font, « cré nom »

Passer dans tout l´ corps des frissons

Avant de s´endormir

Ils ont dans un soupir

Le même désir

 

À nos poilus qui sont su´ l´ front

Qu´est-ce qu´il leur faut comme distraction?

Une femme, une femme!

Il y a tant d´amoureux là-bas

Qui pourraient faire plaisir à

Une femme, une femme!

À ce moment, c´est l´essentiel

Il faudrait qu´il leur tombe du ciel

Une femme, une femme!

Et comme prière du soir

Bon Dieu d´ bon Dieu, fais-nous donc voir

Une femme, une femme!

 

Pendant la première guerre mondiale, les chansons étaient essentielles pour mener les troupes à l'armée. Elles servaient aussi à diffuser les informations et partager des idées, de décrire de façon très réaliste la vie au quotidien des poilus.

La chanson « Le cri du poilu » de Vincent Scotto, raconte la vie dans les tranchées, l’insalubrité, les besoins quotidiens comme manger, boire, se laver, se reposer …mais aussi et surtout le manque cruel de femmes…

Leur femme leur manque pendant cette horrible guerre !

 

 

Chanson interprétée par les élèves

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La musique de cette chanson est très dynamique, vive, entraînante sur un rythme de marche.

Le refrain  donne envie de reprendre en chœur, « Une femme, une femme » !

« La vraie histoire

des femmes de 14-18 »

 

Editions Chroniques

Mistinguett au Casino de Paris en 1917

 

Strass, paillettes, plumes, des femmes qui chantent, dansent très dévêtues … voila un beau spectacle pour faire oublier l’horreur de la guerre à nos poilus et les faire rêver !

Le théâtre des Folies Bergères est une salle de music-hall à succès qui symbolisa la vie parisienne en présentant des revues dansées et des spectacles de variétés.

La Cigale est une salle de spectacle parisienne à succès, elle y accueilli les spectacles de Mistinguett, Maurice Chevalier. D'une capacité d'environ 1000 places, elle se spécialise immédiatement dans la revue.

Le théâtre Marigny est situé dans le carré Marigny des jardins des Champs-Élysées, à l'angle de l'Avenue des Champs-Élysées et de l'avenue Marigny, dans le 8e arrondissement de Paris.

Mistinguett a souvent fréquenté ce théâtre car c’était un endroit parfait où elle pouvait dévoiler son talent de chanteuse et de séductrice grâce aux nombreux photographes.

On a peine à croire qu’un tel spectacle de strass et de paillettes se déroule au pire de la guerre, quelques mois après la désastreuse offensive Nivelle du Chemin des Dames et les mutineries dans l’armée française réprimées par Pétain. Un phénomène de compensation explique en partie la vague des revues légères qui faisaient aussi rêver dans les tranchées et que bien des poilus venaient applaudir pendant leurs permissions… (La vraie vie des femmes de 14-18, Editions Chroniques)

 

En chantant, les femmes encourageaient les soldats, leur remontaient le moral et leur donnaient la force de combattre. Ca leur faisait chaud au cœur et leur donnait un peu d’espoir…

Le rôle des femmes pendant la guerre était à la fois de distraire, à l'arrière et sur le front par des chansons et spectacles.

Mais leur rôle était aussi de remplacer les hommes dans leurs activités (travaux dans les champs, dans les usines, fabrication d'armement…). Elles ne pouvaient qu’espérer le retour de leur mari, cela donnant maintes anecdotes et chansons.

 

« A nos poilus qui sont sur l’front

Qu’est-ce qu’il leur faut comme distraction ?

Une femme, une femme,

Qu’est-ce qui leur ferait gentiment

Passer un sacré bon moment ?

Une femme, une femme ! »

 

Eugénie Buffet

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