Sous les ponts de Paris

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Sous les ponts de Paris

 

Dans les tranchées de Lagny

 

Sous les ponts de Paris

 

Valse chantée

Paroles de J. Rodor - Musique de Vincent Scotto

Interprétée par de nombreux artistes de l’époque : Georgel, Nine Pinson…

Pour aller à Suresnes ou bien à Charenton

Tout le long de la Seine on passe sous les ponts

Pendant le jour, suivant son cours

Tout Paris en bateau défile,

L' coeur plein d'entrain, ça va, ça vient,

Mais l' soir lorsque tout dort tranquille.......

 

Refrain

 

Sous les ponts de Paris, lorsque descend la nuit,

Tout's sort's de gueux se faufil'nt en cachette

Et sont heureux de trouver une couchette,

Hôtel du courant d'air, où l'on ne paie pas cher,

L'parfum et l'eau c'est pour rien mon marquis

Sous les ponts de Paris.

 

A la sortie d' l'usine, Julot rencontre Nini

Ça va t'y la rouquine, c'est la fête aujourd'hui.

Prends ce bouquet, quelqu's brins d' muguet

C'est peu mais c'est tout' ma fortune,

Viens avec moi; j' connais l'endroit

Où l'on n' craint même pas l'clair de lune.

 

Refrain

 

Sous les ponts de Paris, lorsque descend la nuit

Comme il n'a pas de quoi s' payer une chambrette,

Un couple heureux vient s'aimer en cachette,

Et les yeux dans les yeux faisant des rêves bleus,

Julot partage les baisers de Nini

Sous les ponts de Paris.

 

Rongée par la misère, chassée de son logis,

L'on voit un' pauvre mère avec ses trois petits.

Sur leur chemin, sans feu sans pain

Ils subiront leur sort atroce.

Bientôt la nuit la maman dit

Enfin ils vont dormir mes gosses.

 

Refrain

 

Sous les ponts de Paris, une’ mère et ses petits

Viennent dormir là tout près de la Seine

Dans leur sommeil ils oublieront leur peine

Si l'on aidait un peu, tous les vrais miséreux

Plus de suicid's ni de crim's dans la nuit

Sous les ponts de Paris.

1914 – « Sous les ponts de Paris »: l’insouciance des débuts

En France, une première effervescence créative parcourut le pays fin septembre 1914, lorsque la meurtrière Bataille de la Marne stoppa l’avancée allemande. L’euphorie, malgré l’hécatombe des premières semaines, gagne le pays qui croit encore alors à une issue rapide. Cafés, théâtres et music-halls rouvrent. La TSF n’existe pas encore, mais partout l’on entonne un air fleurant bon la vie d’avant, sans souci : «Sous les ponts de Paris  ».

 

Chanson interprétée par les élèves

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La musique de la chanson est une valse chantée. La valse est une danse à la mode à l'époque et évoque des souvenirs, de bons moments. La musique est assez rythmique, rapide, entraînante et joyeuse. Tout comme le texte qui décrit la beauté de Paris quand on passe sous ses ponts. Ces ponts sont des refuges pour les pauvres mais …ils y sont aussi heureux qu'ailleurs. Paris est aussi la ville de l’amour, un couple se donne rendez-vous sous les ponts….Cependant le dernier couplet est plus sombre car il raconte qu'une mère a perdu son logement et que pour faire dormir ses enfants elle est obligée d'aller se cacher sous les ponts.

 

Combien de couples se retrouvent sur cette musique lors du bal musette du samedi soir, combien de souvenirs et d’amourettes se tissent le temps d’une valse !

Dans les tranchées de Lagny

En face d'une rivière

Du côté de Lagny

Près des amas de pierres

Qui restent de Lagny,

Dans la Tranchée des Peupliers"

Vite on se défile en cachette

Braquant le fusil sur l'ennemi

Prêt à presser sur la gâchette.

Aux abords de Lagny

Lorsque descend la nuit

Dans les boyaux on s'défile en cachette,

Car la mitraille nous fait baisser la tête.

Si parfois un obus

Fait tomber un poilu

Près du cimetière on dérobe ses débris

Aux abords de Lagny.

 

Le jour on se repose

Après six jours de turbin,

Ce qu'on fait, c'est la même chose

On va se laver un brin.

Aux abord de Metz, c'est ça qui est bath

De regarder tous ces militaires

Se laver, se brosse, se frotter les pattes

Aux effets de la bonne eau claire.

 

Au village de Lagny

Lorsque descend la nuit,

Après la soupe, devant quelques bouteilles,

Les Poitevins se comportent à merveille.

Allons, mon vieux cabot,

Vite encore un kilo

Afin d'nous faire oublier les ennuis

Des environs de Lagny.

 

V'la la soupe qui s'achève,

On prépare son fourbi,

Car ce soir, c'est la relève,

On va quitter Lagny.

Des provisions et son bidon,

Voilà ce que jamais on n'oublie.

Au petit bois, je connais l'endroit

Où l'on surveille sa patrie.

 

Aux environs de Lagny

Lorsque descend la nuit,

Comme on ne peut se payer une chambrette,

Le brave troupier se prépare une couchette

Dans un trou ténébreux

Faisant des rêves affreux,

Il se relève pour veiller à l'ennemi,

Aux environs de Lagny.

 

Connaissant bien leurs thèmes

Marchant d'un pas hardi,

les poilus de la cinquième

(Au 69: Bibi)

S'en vont bon train, tous bons copains,

Ensemble ils ne craignent pas les boches,

Si l'ennemi tue un ami,

Ils l'emportent loin de ces rosses.

 

Aux environs de Lagny

Lorsque descend la nuit

Le brave troupier est couché sur la terre

Dans son sommeil il oublie la misère

Si la paix venait sous peu

Comme nous serions heureux,

Plus de massacre, nous reverrions nos pays

Qui sont loin de Lagny

Écrite sur l'air de « Sous les ponts de Paris », cette chanson est très représentative d'une pratique aussi courante qu'ancienne : l’écriture d'un texte d'actualité sur une mélodie supposée connue de tous. Nombreuses sont, en effet, dans l'histoire de la chanson populaire, celles qui sont simplement notées : « sur l'air de ... », ce qui permettait à un vaste public de chanter immédiatement, et sans trop de difficultés, les dernières compositions des chansonniers.

Cette chanson a été retrouvée dans le cahier de chant de Monsieur de Sérigny, dans la Vienne.

En bas du texte, une annotation de sa main précise : « Cette chanson a été composée comme on était dans les tranchées de Lagny, par un soldat du 69°. Je ne sais pas son nom, ni la compagnie dans laquelle il était ».

 

Une chanson pas si « anonyme »

Comme c’est le cas pour de nombreuses chansons écrites dans les tranchées, on ne connaît pas le nom du soldat qui a écrit ces paroles. Précaution élémentaire tant les représailles auraient été grandes en cas d’identification. On suppose que l’auteur est « un », qui écrit après avoir discuté avec ses copains. Mais son texte est tellement en prise avec une réalité partagée que la chanson a une vraie vocation collective. Pour autant, est-il si anonyme, cet auteur? Il semble assumer son forfait en se désignant clairement dans son texte, avec un brin de provocation: « Les poilus de la 5°» On ne peut être plus précis pour désigner la 5° compagnie du régiment d’infanterie…

 

 

Chanson interprétée par les élèves

 

La musique est toujours une valse mais plus lente, grave, mélancolique et plus sobre dans l’accompagnement. La chanson raconte la vie quotidienne des poilus dans les tranchées près de Lagny et la vie pendant leurs jours de repos. Qu'ils soient dans les tranchées à faire la sentinelle pour surveiller l'ennemi ou même dans leurs jours de repos, la peur de la guerre et de la mort ne les quitte pas. Au-delà du danger qui les guette, les préoccupations des soldats tournent autour de quelques problèmes pratiques qui, pour eux, revêtent un caractère essentiel:se laver, trouver à boire et à manger, dormir, fourbir son barda pour le lendemain. Mais on entend l'amitié et la fraternité qui règnent entre poilus puisque ensemble, ils ne craignent plus les boches.

Georgel

 

 

Georgel est né sous le nom de Georges Job le 2 juillet 1884. Il fait ses débuts à 18 ans aux Folies-Belleville en reprenant le répertoire et en imitant le chanteur Mayol en reprenant sa coiffure et sa boutonnière. Il interprétera beaucoup de chansons à succès tel que « Dans mon aéroplane » de Fragson en 1908. Il était chanteur de café concert. Il composa aussi lui-même des chansons comme « La vipère du trottoir »,  « Le dernier tango » en 1912. Mais ce qui le fit entrer dans la légende et le projeta au sommet de sa carrière furent les chansons écrites par Vincent Scotto comme notamment « Ton coeur à pris mon cœur », « Caroline, Caroline » et bien sûr l'immortel « Sous les ponts de Paris ». Il restera actif jusqu'en 1945 où il mourra le 8 août à Paris.

Nine Pinson est née à Paris sous le nom de Andrée Louise Margueritte Ferrali en 1881 et est décédée à Nice en août 1949. Elle était chanteuse, fit ses débuts en 1905 et chanta jusqu'aux années 20.

À son crédit, la création de deux grands moments de la chanson française avec les deux chansons à succès écrites par Émile Ronn sur une musique de Léo Daniderf : « La chaîne » et « Le grand frisé ».

Elle interprètera aussi « La divine chanson » de Pierre Chapelle, « Toute ma vie » de Louis Despax et la très célèbre chanson : « Le cri du poilu » écrite par le grand Vincent Scotto.

Nine Pinson